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Musique : Notes de bas de page #2

Cette fois-ci, laissons parler Roland Barthes  qui dans Photogénie électorale, article de son ouvrage Mythologies (1957) nous délivre une analyse acérée, humoristique et demeurant tout à fait pertinente au lendemain des élections régionales.

Voilà un extrait de ce texte :

« Certains candidats-députés ornent d’un portrait leur prospectus électoral. C’est supposer à la photographie un pouvoir de conversion qu’il faut analyser. D’abord, l’effigie du candidat établit un lien personnel entre lui et les électeurs; le candidat ne donne pas à juger seulement un programme, il propose un climat physique, un ensemble de choix quotidiens exprimés dans une morphologie, un habillement, une pose. Dans la mesure où la photographie est ellipse du langage et condensation de tout un « ineffable » social, elle constitue une arme anti-intellectuelle, tend à escamoter la « politique » (c’est-à-dire un corps de problèmes et de solutions) au profit d’une « manière d' »être », d’un statut socialo-moral.   

La photographie électorale est donc avant tout reconnaissance d’une profondeur, d’un irrationnel extensif à la politique.  Ce qui passe dans la photographie du candidat, ce ne sont pas ses projets, ce sont ses mobiles, toutes les circonstances familiales, mentales, voire érotiques, tout ce style d’être, dont il est à la fois le produit, l’exemple et l’appât.   II est manifeste que ce que la plupart de nos candidats donnent à lire dans leur effigie, c’est une assiette sociale, le confort spectaculaire de normes familiales, juridiques, religieuses, la propriété infuse de ces biens bourgeois que sont par exemple la messe du dimanche, la xénophobie, le bifteck-frites et le comique de cocuage, bref ce qu’on appelle une idéologie.   Naturellement, l’usage de la photographie électorale suppose une complicité : la photo est miroir, elle donne à lire du familier, du connu, elle propose à l’électeur sa propre effigie, clarifiée, magnifiée, portée superbement à l’état de type.   C’est d’ailleurs cette majoration qui définit très exactement la photogénie : l’électeur se trouve à la fois exprimé et héroïsé, il est invité à s’élire soi-même, à charger le mandat qu’il va donner d’un véritable transfert physique : il fait délégation de sa « race ». »

La musique est une « interprétation » de ce texte, une envie de jouer cette musique à ce moment. Les disques ont été sélectionnés et mixés en quelques heures.

les titres joués :

Sun Araw (USA) – Dimension Alley (On Patrol – 2010)

Seefeel (UK) – Blue Easy Sleep (Too Pure – 1993)

Amon Tobin (Brésil) – Fast Eddie (Ninja Tune – 1998)

Wagon Christ (UK) – Flip Flop (Personal Stereo – 2007)

DJ Shadow (USA) – Movin’ On (Gab Demo 1) (Reconstruction Productions – 2012)

Plastikman (Canada) – Variation 6 (MINUS – 2010)

Pole (Allemagne) – Raum 1 Variation (~scape – 2001)

Kpalando Yurijao et accompagnateur (Togo) – Lithophone Pichanchalassi (rythme kaleta) (Ocora – 2004)

Apparat (Allemagne) – A Bang in the Void (Mute – 2011)

Michel Portal, Steven Kent & Mino Cinelu (France) – Pigmee (PAO Records – 2000)

Robert Drasnin (USA) – Voodoo (Top Records – 1959)

Wasamaye Rock Group (Colombie) – Wasamaye (Analog Africa – 2012)

Bauhaus (UK) – Dark Entries (4AD – 1980)

Sonic Youth (USA) – Bull in the Heather (Geffen Records – 1994)

Arovane (Allemagne) – Thaem Nue (DIN – 2000)

Marcel Duchamp (France) – Musical Erratum (Multhipla Records – 1977)

Jeff Mills (USA) – Life Support (U/M/A/A Inc. – 2013)

Ben Klock ( Allemagne) – Underneath (Ostgut Ton – 2009)

Shifted (UK) – Junk (Mote-Evolver – 2011)

Slag Boom Van Loon (Pays Bas/UK) – Fallen Angels Entering Pandemonium (Planet Mu – 1998)